La moule zébrée : une envahisseuse problématique
Une moule, une simple petite moule d’eau douce, toute petite, toute discrète accrochée à la paroi rocheuse, en un mot, anodine… Rien de bien extraordinaire a priori, et pourtant, quelle passionnante histoire ! Une fois n’est pas coutume, laissons la parole à l’intéressée. Un portrait pour Subaqua (exclusif !) de Sylvie Mesnil, Élise Vaud, Jean-Marie Loiseau et David Caffier.
My name is polymorpha, Dreissena polymorpha, mais entre nous, appelez-moi la moule zébrée… C’est à cause des dessins que je porte sur ma coquille, par coquetterie bien sûr, je vous assure que Zorro n’y est pour rien… Je fais partie du ”clan” des mollusques bivalves (oui bon, vous dites ”embranchement”…). À ce titre, j’ai une coquille calcaire faite de deux parties articulées par une charnière non dentée, pour me protéger de mes ennemis, un pied musclé pour poser les fils qui me permettent de m’accrocher aux rochers et autres supports (100 à 200 fins fils de byssus me permettent de m’accrocher !), et des branchies pour respirer dans l’eau. Classe, non ?
Je suis une moule, oui, mais attention, pas n’importe laquelle, une moule d’eau douce s’il vous plaît. Je supporte mal le sel (à 6 g de sel par litre d’eau, 50 % de mes semblables meurent, alors que la mer en contient en moyenne 35 g par litre, je vous le rappelle). Vous le savez bien, le sel, cela nuit aussi à votre santé et vous en consommez trop… Je vis donc dans les lacs, les estuaires, les cours d’eau calmes, car il ne faut pas qu’il y ait trop de courant non plus. Au-delà d’un courant de 0,5 m/s, hop, je me fais emporter, et vogue la galère…
Les chercheurs me surveillent de près et depuis longtemps, en particulier dans la Seine, le Rhône et la Moselle.
Personnellement, je vis dans la carrière des Roches Bleues à Bécon les Granits, en Maine et Loire. Ne me dites pas que vous ne m’avez jamais remarquée à l’occasion de vos plongées ? Vous allez me vexer ! Bon, d’accord, je ne suis pas très grande, je ne mesure que deux ou trois centimètres de long, exceptionnellement quatre, et je me confonds bien avec le superbe granit bleu sur lequel je suis fixée, mais quand même, ouvrez les yeux quand vous plongez ! Au passage, savez-vous que ce superbe granit a servi à paver une bonne partie des rues de Paris ?

Pour découvrir la suite de l'article, s'abonner |